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Bibliothèque de rue et ateliers sociaux-linguistiques

Quand deux partenaires convergent vers un même objectif

Comme chaque mercredi, depuis de nombreuses années, d’avril à octobre, L.I.R.E ressort ses livres et ses nattes pour se rendre au square Curial

De nombreuses personnes s’y retrouvent : des mamans , des papas, mais aussi des grands parents, des assistantes maternelles, ou encore des dames seules.
Il s’agit d’un beau et bon moment de partage dans le plaisir et l’interculturalité.
Une évolution s’est faite au cours des années, les adultes et enfants plus grands, s’investissent dans des lectures qu’ils partagent volontiers avec les enfants. C’est dans ce cadre, que j’ai pu faire une belle rencontre qui m’a permis de mesurer l’importance du partenariat.

Bibliothèque de rue, une fillette lit, un petit garçon d'envion deux ans en met un sur sa tête et sourit largemen

Ce jour-là, malgré le temps maussade et pluvieux, de nombreux enfants sont présents dans le square. Sur une des nattes, une jeune femme lit à voix haute. Son fils Daniel, âgé de 3 ans, va et vient.

Il traverse le tapis sans s’arrêter malgré les invitations à la lecture de la part de sa maman.

Elle n’oblige pas pour autant son fils à la rejoindre.


 Je m’approche doucement vers elle, elle suit le texte avec son doigt et parcourt seule le livre qu’elle a choisi.

Je reste près d’elle, silencieuse. Elle se tourne vers moi quand elle ne comprend pas un mot. Je lui montre l’illustration ou lui donne le sens du mot. Elle est souriante et semble détendue.

Elle m’explique qu’elle participe aux ASL (Ateliers Socio-Linguistiques) à espace19. La bas, elle a acquis des bases et elle très heureuse de retrouver de beaux livres intéressants mais pas trop long, qu’elle peut lire seule,  tout en étant rassurée à l’idée qu’un lecteur puisse lui venir en aide si besoin.

Bibliothèque de rue plan large, de nombreux enfants et adultes sur des tapis colorés dans un square au soleil, avec de nombreux livres au sol, des adultes assis sur un banc et des poussettes à l'arrière plan.

Après son départ, arrive la maman de Yachika 6 ans, et Rachida 2 ans et demi. C’est une fidèle participante de notre action, elle habite la cité juste au-dessus du jardin. Nous la retrouvons chaque année, avec ses enfants que nous avons vu devenir de grands lecteurs au fil du temps. La maman, originaire du Sri-lanka, parle et écrit couramment : le Tamoul, l’anglais et maintenant le français.

Les enfants parlent également ces 3 langues. Yachika est scolarisé au CP à l’école du quartier, Rachida quant à elle, fréquente la halte 3 fois par semaine. Ils repartent occasionnellement au Sri Lanka pour des vacances.

Elle s’assied près de moi avec Yachika. Il s’empare d’un album des papas (La boîte des papas Alain Le Seau, école des loisirs ) qu’il lit aisément à voix haute. Sa maman est très fière de lui. Pendant que nous l’écoutons, elle est très souriante et se sent en confiance. Une fois ce premier livre terminé, elle lui pose quelques questions sur le texte : «  c’est quoi ? » ou bien «  c’est de quelle couleur ? ». Elle me questionne sur des mots inconnus comme : dompteur, cow-boy ou chatouiller.

La boîte des papas 1
couverture papa dort
couverture papa conduit

Très vite, il choisit un autre album de la même série, qu’il lit entièrement. Je note sur son visage des signes de fatigue, il est moins détendu et fronce les sourcils. Je dis à Yachika qu’il lit très bien et qu’il a le droit d’arrêter quand il veut. Sa maman me répond que lorsqu’il lit, il est calme et que c’est une bonne chose. Elle y attache beaucoup d’importance, sans toutefois le contraindre à la lecture, mais très respectueusement, Yachika attend tout de même que sa mère l’autorise à arrêter. 

Il part jouer à l’autre bout du square . Sa maman reste sur le tapis et prend plaisir à faire de nouvelles découvertes d’ouvrages. Elle lit seule, c’est son choix, et à haute voix, « bloub bloub » de l’école des loisirs. Je l’écoute avec grand plaisir.

Elle ne se laisse pas déconcentrer quand ses amis arrivent, elle les salue et poursuit son album.

 Elle découvre « la pieuvre », mot qu’elle répète plusieurs fois à partir de l’illustration puis « l’alligator », «  la tortue » et enfin « la mouette » qu’elle ne connaissait pas 

Quand elle bute sur un mot inconnu, elle se tourne vers moi, l’air interrogateur. Je désigne alors l’illustration correspondante et si elle ne parvient pas à trouver j’énonce le mot.

Elle prend son portable et cherche la traduction, c’est ainsi qu’elle découvre « la mouette ».

Elle répète alors le mot plusieurs fois : « la mou, la mouett, la mouette c’est ça ? »

A la fin de ce livre nous échangeons et elle m’explique qu’elle est très contente de sa progression en français : « Heureusement il y a eu les ASL d’espace 19 ou j’ai appris le langage courant mais j’ai eu cette chance de découvrir de beaux livres apportés pour les enfants, j’y ai découvert d’autres mots et j’ai pu lire librement avec plaisir. Les gros livres sont encore trop durs mais ceux que vous apportez sont très bien. J’aime vraiment venir ici on devrait faire nos cours ici ! Tous ensembles ! (éclats de rire). Je peux grâce à vos encouragements lire à mes enfants et nous apprenons ensemble »

Cette dame a bien bénéficié des différentes étapes de découverte, il est important que son témoignage et celui de bien d’autres viennent démontrer l’intérêt d’un bon partenariat soutenu et vivant.

De tels acquis doivent pouvoir être valorisés afin de rendre encore plus positif cet investissement .

J’imagine ces dames lisant aux enfants dans le square ou dans leur lieu d’accueil, soutenues par les équipes qui les ont accompagnées. Quelle fierté pour elles, leurs enfants et les équipes qui se sont investis dans cet apprentissage.

Elle nous prouve l’intérêt d’associer nos efforts et de viser vers un même objectif pour apporter aux bénéficiaires de meilleurs résultats. Nos moyens sont complémentaires et nécessitent le soutien des partenaires. Le résultat est amélioré par cette association et les bénéficiaires se chargent de nous le démontrer, comme ici à travers ces rencontres et ces échanges au square Curial.

Cette femme, particulièrement impliquée dans l’éducation de ses enfants, utilise toutes les ressources possibles. Elle se rend à la bibliothèque municipale suite à une découverte avec espace 19. Elle me demande ce qui pourrait se faire cet été et je l’informe sur les BHLM (Bibliothèque Hors Les Murs). Très en demande, elle s’empare de toutes les opportunités pour progresser et permettre à ses enfants de faire de belles découvertes.

Annick Vachaud, membre du bureau et bénévole de l’association.

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