Le 18 mai dernier a eu lieu l’assemblée générale de l’association. Ce rendez-vous nous a permis de revenir sur l’année écoulée : les difficultés rencontrées – que nous avons pu surmonter grâce à votre soutien – ainsi que les franches réussites, telle que la journée d’étude du 18 novembre.
À cette occasion, nous voulions vous partager les mots de la présidente dans le rapport moral de l’association, qui témoigne de notre volonté de ne rien lâcher de nos principes et de continuer à avancer !
Chères adhérentes, chers adhérents, cher.es membres et ami.es,
L’année 2025 n’a pas été la plus réjouissante au regard du contexte politique et social, tant à l’échelle nationale que mondiale.
Ce contexte nous affecte profondément dans nos engagements au sein de LIRE. Il nous touche individuellement, dans ce que nous portons chacune et chacun, mais il frappe aussi et surtout de plein fouet les publics fragiles auprès desquels nous agissons, et pour lesquels nous défendons, sur le terrain, les valeurs de l’association.
C’est mon troisième rapport moral, et je pourrais craindre de me répéter. C’est vrai que les mêmes idées reviennent, mais c’est parce qu’elles restent, à mes yeux, vitales et essentielles et que je refuse d’y renoncer.
En 2025, nous avons poursuivi et renforcé notre engagement auprès de publics toujours plus diversifiés, afin d’aller à la rencontre de celles et ceux qui nous tiennent à coeur. Nous avons également continué à transmettre notre savoir-faire, notamment à travers des formations, pour permettre à des professionnel·les de vivre et de faire vivre ces rencontres autour du livre.
Nous portons collectivement — adhérent·es, lecteur·rices, administrateur·rices — un désir puissant de transformation sociale.
Lire des albums à des enfants et à leurs parents peut sembler anodin. Pourtant, cet acte est tout sauf neutre. Il porte une dimension profondément politique, au sens le plus essentiel du terme : celle qui interroge la société que nous construisons, les rapports de pouvoir et de domination qui la traversent, et les valeurs que nous choisissons de transmettre, de partager et de défendre
LIRE, c’est accueillir chacun dès le plus jeune âge en agissant contre les inégalités et en participant à une forme de justice sociale. À travers les livres, nous offrons des outils d’expression, d’émancipation et de compréhension du monde.
LIRE, c’est accueillir une diversité d’imaginaires, de récits et de visions du monde et d’aider à les construire. Choisir certains livres, c’est ouvrir des possibles, questionner les stéréotypes et permettre à chacun de trouver sa place dans les histoires racontées et partagées.
LIRE, c’est accueillir la relation parent-enfant dans toute sa richesse, en valorisant les pratiques familiales, en renforçant les liens affectifs et en touchant la sphère familiale car l’intime, on le sait, est aussi un espace social et politique.
LIRE, c’est accueillir la parole, les émotions et l’expression des enfants comme des parents, accueillir les sujets donc. C’est créer les conditions d’une rencontre authentique, fondée sur l’écoute, l’attention à l’autre et le partage, dans une société trop souvent dominée par le paraître.
C’est donc, de manière consciente et assumée, que nous tentons de contribuer à un projet de société plus humain, plus sororal ou fraternel.
Dans ce contexte pourtant difficile, voire morose, j’ai envie de dire, avec joie, que l’association se porte bien — et que les signes de cette vitalité sont nombreux.
La journée d’étude du 18 novembre en est une illustration forte. Elle a été une réussite, rendue possible par l’engagement des lecteur·rices et des bénévoles. Ensemble, nous avons porté cet événement, qui a rencontré un public nombreux et suscité des retours très positifs. Le thème « LIRE, c’est accueillir » a pleinement trouvé écho.
Nous avons également mené une campagne de mobilisation (merci le pôle communication et Chloé) qui a permis de recueillir des dons significatifs et d’augmenter de manière notable le nombre d’adhérent·es.
Au-delà des ressources financières — pour lesquelles je remercie chaleureusement les donateurs et donatrices —, cette dynamique nous a confirmé que notre action et notre mission font sens et rencontrent un véritable soutien. Le nombre d’adhésion est un signe fort pour nos partenaires institutionnels.
Le conseil d’administration s’est de nouveau élargi avec l’arrivée de nouvelles administratrices engagées, notamment sur des sujets essentiels comme la trésorerie et les ressources humaines, pas forcément les plus funs. Leur implication a permis de renforcer la rigueur et de mieux partager les responsabilités. Merci à Valérie et Sabine, ainsi qu’à l’ensemble des membres du CA, pour leur engagement, leur énergie et leur professionnalisme. Notre diversité de parcours et de compétences constitue une richesse précieuse.
Nous sommes un CA très multi culturel voire transculturel car nous métissons nos savoirs (référence à celles et ceux qui étaient à la journée du 18). Même s’il n’atteint pas encore le niveau que nous visons, notre bilan financier confirme une nette dynamique de redressement et une rigueur renforcée. Le départ de notre assistante administrative a pu être surmonté grâce à l’arrivée de Laurence, puis d’Hugo, que je remercie sincèrement pour leur énergie calme et leur engagement au quotidien.
Bien sûr, Je n’oublie pas celles et ceux qui sont le coeur vivant de l’association : les lecteur·rices. Sur le terrain, au quotidien, ils incarnent nos valeurs avec une grande exigence humaine et professionnelle et leurs valises à roulettes. Ces rencontres qu’elles ils créent, parfois modestes en apparence, participent, j’en suis convaincue, à un mouvement plus vaste — comme une rivière qui, patiemment, trace son chemin vers des horizons plus humains.
Une mention toute particulière évidemment à Frédéric et Céline, véritables points d’appui de l’association. Malgré les contraintes et l’usure que peut entraîner un engagement constant, ils poursuivent leur investissement avec une détermination remarquable. Des aménagements ont été engagés afin d’alléger leur charge, mais il nous appartient collectivement de veiller à préserver cet engagement précieux dans la durée.
Enfin, dernier indicateur essentiel de la vitalité de notre association — et non des moindres, puisqu’il conditionne concrètement nos actions —, le soutien constant de nos partenaires institutionnels et financiers. Leur fidélité et la confiance qu’ils nous accordent année après année sont déterminantes, et nous leur adressons nos remerciements les plus sincères.
Dans une époque marquée par le repli, la montée des discours d’exclusion, la fragilisation des solidarités et l’affaiblissement du tissu associatif, nous avons la responsabilité de tenir une autre ligne : celle de l’émancipation, du partage, de la dignité et de l’accueil inconditionnel. Comme je l’exprimais déjà l’an passé, je ressens une profonde fierté d’appartenir à cette aventure incroyable qu’est LIRE.
Car lire avec des enfants, avec des familles, dans des lieux parfois oubliés ou fragilisés, c’est affirmer que chacune et chacun mérite une place, une voix, un imaginaire, une histoire. C’est défendre une vision de la société où l’accès aux cultures n’est pas un privilège mais un droit fondamental.
Face aux politiques de fermeture, aux discours qui opposent, stigmatisent ou hiérarchisent, nous continuerons à faire le pari de la rencontre, de l’intelligence collective et de la transmission. Nous continuerons à faire circuler des récits qui ouvrent, qui déplacent les regards, qui rendent possible la nuance, l’altérité et la pensée critique. Parce que la culture est un espace de résistance. Parce qu’accueillir est un acte politique. Parce que créer du lien est déjà une manière de lutter.
Cette responsabilité est collective : salariées, bénévoles, administrateur·rices, partenaires, ensemble, affirmons nos convictions. Soyons ambitieux, créatifs, exigeants et solidaires. Continuons à défendre, par les livres et les albums, une société plus juste, plus sensible.
Et tant qu’il restera des espaces pour lire, raconter, écouter et accueillir, alors il restera aussi des espaces pour résister.
Merci à vous toutes et tous d’être là, présent.es.
Véronique Rivière